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Nu au bâtonEnlarge image

Nu au bâton, v. 1500

Albrecht Dürer
Allemagne, 1471 - 1528
plume et encre brune avec lavis brun sur papier vergé
23,5 x 9,6 cm
Don de Joseph H. Hirshhorn et un groupe de ses amis et associés, 1956
Musée des beaux-arts du Canada (nº 6652)

Prélude à la gravure « Adam et Ève », ce dessin s'inscrit parmi les premières études de proportions du corps humain que Dürer ait réalisées. Ainsi, les repères tracés à la règle de même que les marques de compas et de pointe sèche révèlent la recherche rigoureuse d'une harmonie des formes à partir de schémas géométriques prédéterminés. Malgré la date « 1508 » inscrite dans la partie supérieure de l'image - vraisemblablement ajoutée « a posteriori » - cette étude a été exécutée dans le cadre d'une première série de figures du même type entre 1500 et 1504.

Provenance 

en 1834 – 1866-07-10

Prince Henryk Lubomirski (1777-1850), Lemberg, Empire austro-hongrois [1]

1866-07-10 – 1939-08

Ossilinski National Institute, Lvov (anciennement Lemberg), Pologne, legs du prince Henryk Lubomirski [2]

1939-08 – 1941-07-02

Bibliothèque de l’Académie des sciences d’Ukraine, Lviv, Ukraine, URSS (anciennement Lvov, Pologne) [3]

1941-07-02 – 1945-04

Adolf Hitler (1889-1945), Berlin, Allemagne, confisqué de la Bibliothèque de l’Académie des sciences d’Ukraine, Lviv [4]

1945-05 – 1950-05-26

Point de rassemblement central de Munich de la U.S. Army’s Monuments, Fine Arts and Archives (MFA&A), Munich, Allemagne, récupéré du dépôt d’art nazi à Alt Aussee, Autriche [5]

1950-05-26 – 1954-11-30

Prince George Lubomirski (1887-1978), Suisse, restitué du Point de rassemblement central de Munich [6]

1954-11-30 – 1955-05-12

P. & D. Colnaghi & Co., Londres, Angleterre, acheté du prince George Lubomirski [7]

1955-11-03 –
Musée des beaux-arts du Canada, acheté de P. & D. Colnaghi, Londres, Angleterre, grâ ce à des fonds recueillis par Joseph H. Hirshhorn (1899-1981), Toronto, Canada, et un groupe de ses amis et associés [8]

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Notes 

[1] La provenance très ancienne de Nu au bâ ton est incertaine. Dès le début du 17e siècle, l’œuvre fait sans doute partie de la collection des œuvres de Dü rer, assemblée par l’empereur allemand Rudolf II. À la fin du 18e siècle, sa collection se retrouve à l’Albertina de Vienne en Autriche. Durant la guerre napoléonienne, les dessins sont retirés de l’Albertina et se retrouvent sur le marché d’art de Vienne. Nu au bâ ton fait partie d’une collection de 27 dessins de Dü rer sur 24 feuilles (trois feuilles comptent des dessins des deux côtés), achetés par le prince Henryk (Heinrich) Lubomirski en 1834 [Dobbs, Michael. Stolen Beauty, The Washington Post Magazine, le 2 mars 1999, p. 15]. En 1823, le prince s’entend avec le comte Jozef Maksymlian Ossilinski, pour faire don de la collection familiale à l’Ossolinski Institute de Lemberg (Lvov, Pologne, maintenant Lviv, Ukraine) au profit de la nation polonaise. Le Musée Lubomirski est créé et abrite les dessins de Dü rer. Toutefois, le legs officiel n’est pas fait avant 1866 et une condition stipule qu’en cas de quelconque bris des conditions du legs, la collection reviendra à l’héritier masculin aîné de la famille Lubomirski [« Charte de fondation de la succession incessible de Przeworsk et des princes Lubomirski », Vienne, le 10 juillet 1866, articles 10 et 11; traduit du document original polonais et allemand, fourni par l’Ossilinski Institute, Wroclaw, Pologne, dossier de documentation du MBAC].

[2] Voir note [1]. Après la Première Guerre mondiale, Lemberg fait partie de la Pologne indépendante et est rebaptisée Lvov. L’Ossilinski National Institute (appelé l’Ossolineum), établi en vertu de la loi austro-hongroise, reste intact. En août 1939, sous l’alliance d’Hitler et de Staline, l’Allemagne nazie et l’URSS se divisent la Pologne. Lvov rejoint la République d’Ukraine de l’Union soviétique. L’Ossilinski Intitute et le Musée Lubomirski sont dissous et leurs collections transférées à la toute nouvelle Bibliothèque de l’Académie des sciences d’Ukraine à Lvov, qui est rebaptisée « Lviv ». [Akinsha, Konstantin et Sylvia Hochfield. « Who owns the Lubomirski Dü rers? », Art News, vol. 100, no 9, octobre 2001, p. 160].

[3] Voir note [2]. Le 22 juin 1941, les Allemands envahissent l’URSS et occupent Lviv. Le 2 juillet, Kajetan Mü hlmann, l’officier d’Hitler chargé de saisir les trésors artistiques de la Pologne, confisque les dessins de Dü rer et les remet au « Fü hrer » [reçu de confiscation des dessins de Dü rer de la collection Lubomirski, signé par Mü hlmann, le 2 juillet 1941; photocopie de l’original, fourni par l’Ossilinski Institute, Wroclaw, Pologne; dossier de documentation du MBAC].

[4] Hitler s’intéressait aux dessins depuis quelque temps. En novembre 1939, Hans Posse, un historien de l’art responsable d’assembler la collection d’art personnel d’Hitler et d’acheter des œuvres d’arts pour le « Fü hrermuseum » de Linz, écrit à Martin Bormann, l’adjoint personnel d’Hitler : [traduction] « Je me permets également de vous indiquer qu’avec le Musée de Lvov, une série de magnifiques dessins de Dü rer et d’autres maîtres allemands sont tombés entre les mains russes. Peut-être sera-t-il possible plus tard de récupérer pour l’Allemagne les vingt-sept feuilles de Dü rer. » [Archives nationales des États-Unis, RG 239/85 CIR, Linz, pièce jointe 5 : cité dans Nicholas, Lynn. The Rape of Europa, New York, Knopf, 1994, p. 68.] Hitler cultive une affection particulière pour les dessins de Dü rer qu’il garde toujours à proximité durant la guerre. Il les amène même au « Repère du loup », ses quartiers généraux du Front de l’Est à Rastenburg en Prusse orientale. Là , Kajetan Mü hlmann exprime son inquiétude au sujet de la sécurité des dessins, mais Hitler lui répond : [traduction] « Je vous ai personnellement retiré cette responsabilité. Ici... ils sont aussi en sécurité qu’ils le seraient à Cracovie et, de toute façon, je peux les voir plus souvent. » [Témoignage de Mü hlmann, Archives nationales des États-Unis, RG 260/ 394; cité dans Nicholas, p. 69]. Au début de 1945, alors que les troupes alliées avancent vers Berlin, les dessins de Dü rer sont emballés et expédiés pour leur protection à une mine de sel à Alt Aussee dans les Alpes autrichiennes. La mine, remplie de milliers d’œuvres d’art, a été découverte par les troupes américaines en mai 1945.

[5] De la mine d’Alt Aussee, les dessins de Dü rer sont ramenés au Point de rassemblement central de Munich de la U.S. Army’s Monuments, Fine Arts and Archives où ils sont conservés jusqu’à sa fermeture en 1949. Les dessins restent sous la garde de l’Armée américaine jusqu’à leur restitution au prince George Lubomirski, le 26 mai 1950. [Dobbs, p. 18.]

[6] À la Conférence de paix de Potsdam en 1946, les Alliés conviennent de rendre les œuvres d’art pillées aux pays d’origine, plutôt qu’aux propriétaires individuels. À la même conférence, les frontières polonaises sont redéfinies. Lvov fait maintenant partie de l’Ukraine sous contrôle soviétique. En vertu de la politique de restitution des Alliés, tant la Pologne que l’Ukraine peuvent revendiquer les dessins de Dü rer de la collection Lubomirski, mais ne le font pas. En mai 1947, le prince George Lubomirski, petit-fils du prince Henryk, qui a fui la Pologne pour la Suisse, s’enquiert des dessins de Dü rer. En juillet 1948, il présente une demande officielle au gouvernement américain, promettant de faire don des dessins à la National Gallery de Washington. La première demande de Lubomirski est rejetée. Toutefois, en 1948, plusieurs demandes sont reçues de personnes ayant fui les pays sous contrôle de l’URSS dont les gouvernements ne rendraient sans doute pas leurs biens aux individus. Avec l’émergence de la guerre froide et le changement de climat politique, les États-Unis modifient leur politique de restitution et commencent à remettre les objets aux demandeurs individuels qui ont fui l’URSS ou ses satellites pour des raisons religieuses, raciales et politiques. Dans ce contexte, la demande du prince George Lubomirski des dessins de Dü rer devient légale. Le prince déclare que, puisque l’Ossilinski Institute n’existe plus, les conditions du legs de 1866 [voir note 1] sont rompues et que la collection doit lui revenir. Plus tôt, il a incité son père, le prince Andrew Lubomirski, qui est l’héritier aîné du clan Lubomirski à cette époque, de renoncer à ses droits à la propriété en sa faveur. Malgré les protestations de membres de la famille Lubomirski, les dessins de Dü rer sont finalement remis par le Département d’État des États-Unis au prince George Lubomirski, le 26 mai 1950 [Vause, Brandy. Disputed Dü rers. The Lubomirski drawings and the complexities of restitution, séminaire sur les biens culturels et artistiques exportés illégalement ou volés, George Washington University, Washington DC, décembre 2002, p. 13; consulté le 8 novembre 2007, http ://www.gwu.edu/~mstd/Publications/2003/brandy%20vause.pdf].

Le prince George Lubomirski ne respecte sa promesse de faire don des dessins de Dü rer à la National Gallery de Washington, mais demande plutôt à son directeur, John Walker, de les acheter. Devant le refus de Walker, le prince met les dessins en vente par l’entremise de marchands londoniens et new-yorkais. Avec sept autres dessins de Dü rer de la succession Lubomirski, Nu au bâ ton est acheté par le marchand londonien, P& D. Colnaghi & Co., à Londres, le 30 novembre 1954 [liste des acquisitions Colnaghi; dossier de documentation du MBAC].

[7] Voir note [6]. Au printemps 1955, Colnaghi fait l’acquisition des six autres dessins de Dü rer de la succession Lubomirski. En avril-mai, l’entreprise organise une exposition des dessins [Old Master Drawings, P. & D. Colnaghi & Co., Londres, du 21 avril au 25 mai 1955]. Nu au bâ ton est le numéro 28 du catalogue de vente aux enchères. Le Musée des beaux-arts du Canada achète le dessin de Colnaghi, le 12 mai 1995 [facture, dossier de documentation du MBAC].

[8]Nu au bâ ton entre officiellement dans la collection du Musée des beaux-arts du Canada, le 3 novembre 1955 [registre des acquisitions, dossier de documentation du MBAC]. Les fonds pour son achat ont été recueillis par Joseph H. Hirshhorn et un groupe de ses amis et associés [dossier de documentation du MBAC].

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