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Nouvel examen du dessin de «
Raphaël »
à la Galerie nationale
du Canada
par Sylvia Ferino
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Il ne semble donc pas probable que le Pérugin fut à
la fois l'auteur du lavis et du dessin à la pointe métallique
d'Ottawa. Nous devons nous demander maintenant si, en fait, il n'aurait
pas pu être l'auteur de l'une ou l'autre couche du dessin.
À moins de supposer que le Pérugin ait corrigé
une copie de son propre dessin fait par un élève en le retraçant,
ce qui est peu probable puisque le lavis semble être le meilleur
des deux, il ne pourrait être l'auteur que du dessin au lavis. Cette
technique est cependant très rare chez le Pérugin qui, autant
que nous pouvons enjuger d'après les dessins qui nous sont parvenus,
ne l'a jamais employée dans ses dernières études de
figures. (21) La plupart de celles-ci sont à la pierre ou, occasionnellement,
à la pointe, métallique. (22) Les dessins encore existants,
destinés aux grandes compositions, sont à la plume ou esquissés
seulement à la pierre. (23) Et, du point de vue de la technique pure,
on peut noter un certain manque de personnalité dans la facture qui classe
ce dessin en dehors de tous les authentiques et laisse plutôt croire
à une copie par un élève de l'atelier.
Il existe une caractéristique du dessin d'Ottawa dont
nous n'avons pas encore parlée. Le dessin a été rogné
sur les quatre bords jusqu'aux contours de la figure. Au bas et à
droite de l'image, il a même été amputé, comme
pour dissimuler le fait que la figure est agenouillée; pourtant,
tous les premiers historiens ont tenu pour acquis qu'elle était debout.
(24)
À moins que nous ne supposions que cette rognure ait
été pratiquée à la suite d'une grave détérioration
aux quatre bords de l'image, il paraît probable que l'ange faisait
autrefois partie d'une copie ou d'un fragment plus important du Baptême
de Foligno car il apparaît à la fois dans les feuilles
de Venise (fig. 4), de Madrid et de New York. Dans ce contexte, il est intéressant de noter que l'image d'Ottawa correspond
en largeur et en hauteur aux images de Venise et de New York, et que l'on
retrouve le même motif dans la peinture de la Yale University Gallery
(fig. 10). (25) Incidemment, ceci démontre que lorsque les motifs étaient
transmis, on les copiait fréquemment dans les mêmes dimensions
en calquant leurs contours.
La présence du numéro d'inventaire de Resta (g 108) dans la partie inférieure du dessin d'Ottawa indique bien
qu'il a été rogné avant d'être numéroté.
Comme le professeur K. Oberhuber nous l'a fait remarquer, c'était
pratique courante chez les vendeurs et les collectionneurs du XVIe siècle,
surtout du XVIIe, de rogner les dessins, en particulier les grandes feuilles
comportant plusieurs figures et motifs, de sorte que chaque partie ne
contienne qu'un seul motif. De cette manière les dessins étaient
« multipliés » et les bénéfices du marchand
considérablement accrus. Il est fort probable que le dessin d'Ottawa
ait subi le même sort et que la figure ait, alors, été
amputée au point que l'agenouillement ne soit plus visible.
Cependant, le procédé technique inhabituel employé
dans ce dessin reste un casse-tête. Alors que dans le dessin de fond
du Fogg, l'emploi de substances plus légères et facilement
effaçables précède l'application de la pointe métallique
plus durable, dans celui d'Ottawa on a d'abord appliqué une encre
indélébile, encore plus durable, avant d'employer la pointe
métallique. L'ordre habituel qui consistait à utiliser
des substances fragiles, facilement destructibles puis des matériaux
plus durables, méthode qui permettait aux artistes de corriger leur
conception au cours du travail, a été inversée. Un
examen attentif à la loupe révèle que les ailes qui
figurent sur le premier dessin paraissent légèrement tracées
à partir du dessous mais qu'elles n'ont pas été accentuées.
À moins que nous ne considérions ces dessins comme un simple exercice
de l'un des compagnons d'atelier du Pérugin - théorie qui
n'est guère convaincante puisque de tels travaux étaient
surtout liés à des buts pratiques - nous devons supposer que
l'explication se trouve dans les parties manquantes d'un dessin de grandes
dimensions, dont le jeune d'Ottawa ne représente qu'un fragment.
L'artiste, devant une copie moins heureuse de l'ange debout par exemple,
pourrait avoir été conduit à couvrir la feuille entière
et à y tracer de nouveau les figures, la pointe métallique
étant le médium le plus généralement employé
pour des surfaces ainsi préparées. Mais il s'agira de suppositions
tant que d'autres parties du grand dessin hypothétique ne seront
pas découvertes.
Le dessin d'Ottawa du « Saint debout » que l'on
a attribué à Raphaël devrait maintenant, peut-être,
être réétiqueté « Ange à genoux » et «
d'après l'atelier du Pérugin
».
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