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Le pin Restaurer un chef-d’œuvre canadien
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Le mystère caché dans la photo
Les recherches entreprises pour notre prochaine exposition Les USA des années 1900–1950. Photographies du Musée des beaux-arts du Canada m’ont rappelé que la planification d’une exposition exigeait bien sûr beaucoup de réflexion et de dur labeur mais aussi, parfois, un petit travail d’enquête.

Berenice Abbott. Ce dont un artisan se sert pour travailler, v. 1947. Épreuve à la gélatine argentique, 23.8 x 19.3 cm. Musée des beaux arts du Canada, Ottawa. © Bernice Abbott/Commerce Graphics LTD, NYC
Prenons l’exemple de la photo de Berenice Abbott, Ce dont un artisan se sert pour travailler. Cette image, l’une des 132 œuvres exposées, présente l’établi du sculpteur japonais-américain Isamu Noguchi et ses nombreux outils et objets qui s’accumulent de bas en haut. Le résultat est splendide : une magnifique composition, une foule de détails et une riche gamme de tons. Comme le note ma collègue Ann Thomas, conservatrice, Photographies, l’image incarne « l’étonnante habileté de Noguchi à façonner des formes extraordinaires à l’aide d’outils du quotidien ». J’étais cependant intriguée par la datation de l’œuvre inscrite dans les dossiers du Musée.
Selon ces registres, le cliché avait été tiré en 1947, mais réalisé en « 1930 ? ». Comme je voulais éliminer le point d’interrogation à côté de la date et établir de façon concluante à quel moment la photo avait été prise– 1930 ou autre –, j’ai donc commencé mes fouilles.
Les biographies d’Abbott et de Noguchi précisent que tous deux vivaient à Paris dans les années 1920. Abbott a étudié la sculpture à l’Académie de la Grande Chaumière et été l’assistante de Man Ray, alors que Noguchi a fait son apprentissage aux côtés du sculpteur Constantin Brancusi. Tous deux sont ensuite repartis pour New York en 1929.

Walker Evans. Berenice Abbott, New York, v. 1929 1930, tirage tardif. Épreuve à la gélatine argentique, 17.7 x 12.6 cm; image: 16.6 x 11.8 cm. Musée des beaux arts du Canada, Ottawa. Don de Benjamin Greenberg, Ottawa, 1981. © Walker Evans Archive, The Metropolitan Museum of Art
Abbott aurait-elle pu prendre cette photo juste un an après son retour en Amérique ? Je ne le pensais pas. D’une part, l’établi a l’air trop utilisé avec sa profusion d’outils, de papiers, de livrets et de pots; d’autre part, la biographie de Noguchi indique que celui-ci a laissé ses outils à Paris lorsqu’il a quitté cette ville en 1929 et qu’il ne les a récupérés qu’en avril 1930, alors en route vers l’Asie. Par la suite, il a vécu un peu en nomade, retournant à New York en novembre 1931 et passant quelque temps à Chicago et à Londres jusqu’en 1934, année où il a loué pour six mois un atelier à Woodstock, New York. D’après une image datée de sa biographie représentant un établi semblable à celui de notre cliché, il semble s’être enfin installé dans un atelier en 1947.
J’ai soigneusement étudié notre photo en quête d’indices et j’ai trouvé quelque chose qui ressemblait à un certificat officiel cloué à l’établi. J’ai montré ma découverte au restaurateur des photographies John McElhone qui a accepté de l’examiner au microscope. Lors de la mise au point de l’image, une signature est apparue : « Spencer C. Young, City of New York, Department of Finance, authorized to collect sales tax and corporate tax » [Spencer C. Young, ville de New York, département des Finances, autorisé à percevoir la taxe de vente et l’impôt des sociétés]. De retour à mon bureau, j’ai fait une recherche sur Google qui m’a dirigée sur le site « Spencer C. Young Investments, Inc. », lequel racontait l’histoire complète de la famille. Le grand-père paternel de M. Young, également appelé Spencer C. Young, avait occupé pendant huit ans le poste de trésorier de la ville de New York, à partir de 1946. Euréka !

Yousuf Karsh. Isamu Noguchi (1904 - 1988), 25 juin 1980, tiré avant septembre 1988. Épreuve à la gélatine argentique, 50.2 x 40.1 cm. Musée des beaux arts du Canada, Ottawa. Don de l´artiste, Ottawa, 1989. http://karsh.org
Compte tenu de la datation de la licence fiscale et de la date de la photo de la biographie, nous croyons maintenant qu’Abbott a réalisé cette image admirative et soignée de l’établi de Noguchi vers 1947. Voilà un autre mystère artistique résolu.
Katherine Stauble
Adjointe à la conservation, Fonds Sobey, Photographie
Publié dans Expositions
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Megan Richardson, Chef d’Éducation et programmes publiques, tiendra un blogue sur les activités pour les enfants, qui auront lieu au Musée durant la période des fêtes, et comment elle en a eu l’idée.
Lorsque mes enfants étaient plus jeunes, nous étions ravis que les musées s’efforçaient de proposer des façons créatives de les intéresser à leurs collections. Nous nous sentions bien accueillis et nos visites étaient toujours mémorables. J’ai tenté de retrouver ce même esprit en conçevant le programme familial Artissimo du Musée.
Il était très amusant de planifier de nouvelles activités et d’en faire l’essai, mais je dois admettre que les Copains Copies occupent une place spéciale dans mon cœur. Il s’agit de répliques miniatures de personnages et d’animaux que l’on retrouve dans différentes toiles. Leur taille, leur apparence et leurs costumes détaillés ravissent les enfants et les inspirent à se renseigner davantage sur leurs Copains – et sur l’art. Plus de 30 Copains Copies vivent au kiosque Artissimo du Grand Hall. Chaque année, ils attendent avec impatience l’installation de l’immense arbre de Noël du Musée, mais ce qu’ils aiment par-dessus tout est d’explorer les galeries dans les bras d’un enfant.
Mon plus jeune fils a toujours aimé se déguiser. C’est d’ailleurs lui qui a inspiré l’activité Qui suis-je? au cours de laquelle les enfants enfilent des costumes tout droit sortis des toiles. Ils peuvent monter la garde comme un centurion, se parer comme une dame médiévale ou encore s’accroupir comme un jockey, tout en comparant leur allure avec la création originale de l’artiste affichée au mur. Voilà une excellente façon de voyager dans le temps!
L’idée de la Tactile-ô-boîte est issue des jeux que nous inventions à l’occasion des fêtes d’anniversaire de nos fils. Dans la version du Musée, les enfants manipulent différents objets dans une boîte fermée, puis tentent de trouver à quelles œuvres ils correspondent. Comme il n’y a qu’une seule réponse possible, cette activité s’adresse aux enfants qui, comme mon plus vieux, apprécient un bon défi. Soucieux du bien-être de leurs pauvres parents, le Musée fournit également une carte sur laquelle l’endroit recherché est indiqué. (Je me souviens d’avoir jadis parcouru – complètement découragée! – des kilomètres et des kilomètres de galeries en traînant un enfant on ne peut plus grincheux…).
Plusieurs options s’offrent aux esprits libres qui participent à notre toute nouvelle activité, L’art sous écoute. Les enfants inventent leurs propres visites et histoires à partir des sons qu’ils entendent sur un lecteur audio. Pour ceux qui préfèrent un peu plus d’encadrement, une visite autoguidée leur permet de découvrir des enfants fascinants dans différentes toiles. Je connais très bien la capacité d’attention des enfants… Rassurez-vous, cette visite vous permet de faire seulement quelques arrêts ou tous les arrêts prévus! Et si, comme moi, vous avez un artiste du réfrigérateur à la maison, vous pourrez emporter une activité de dessin avec vous.
Après chaque activité Artissimo, les familles peuvent réaliser un projet ensemble au kiosque. Nos gentils interprètes leur préciseront la marche à suivre. Comme la plupart des enfants adorent bâtir des structures, nous fournissons un impressionnant assortiment de blocs de bois. En outre, nous prévoyons ajouter une activité d’architecture afin de prolonger l’expérience jusque dans la nouvelle année. Pour les libres-penseurs, le kiosque regorge de chouettes fournitures d’art et d’idées de projets uniques au Musée. Laissez donc libre cours à votre esprit créatif! Que l’art illumine vos Fêtes autant que la magie de cette saison!
Les ateliers Artissimo seront offerts le 24 décembre, puis tous les jours du 26 décembre au 8 janvier, de 11 h à 16 h.
Ils sont gratuits avec les droits d’entrée au Musée.
Publié dans Éducation
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Recréer un atelier de dessin pour Pour l’amour de l’art. Artistes et amateurs français à Rome au XVIIIe siècle
La façon la plus logique d’intéresser les visiteurs à des programmes reliés à l’exposition Pour l’amour de l’art. Artistes et amateurs français à Rome au XVIIIe siècle nous semblait être de recréer un atelier de dessin.

L'atelier de dessin à l'exposition Pour l'amour de l'art. Artistes et amateurs français à Rome au XVIIIe siècle
Pour que cela fonctionne, l’espace devait être lumineux, et le décor à la fois accueillant et un peu fruste. Ellen Treciokas, une des principales designers du Musée, nous a aidés à créer ce décor. Elle a apporté quatre tables à dessin fabriquées sur mesure et quatre chevalets en bouleau. Nous avons placé un piédestal au milieu de la pièce et, dessus, quatre reproductions anatomiques en plâtre. Ces reproductions sont là pour inciter les visiteurs à s’exercer à dessiner un pied, une main, un buste de femme ou encore un drapé, c’est-à-dire un agencement d’étoffes sur un corps humain.
Au XVIIIe siècle, copier des œuvres de maîtres constituait une part importante de la formation de l’artiste. L’atelier de dessin donne aussi aux visiteurs l’occasion d’étudier des reproductions d’œuvres et de s’en inspirer pour explorer des sujets reliés à l’anatomie, à l’architecture et au paysage.
Par exemple, devant une reproduction de la toile de Jean-Baptiste Frédéric Desmarais, Le berger Pâris (1787–1788), les visiteurs peuvent étudier l’anatomie et s’exercer à dessiner les proportions, les contours, le drapé, ou à faire un portrait. La Vue du lac de Némi (1748) de Claude-Joseph Vernet les initie au paysage : comment représenter la ligne d’horizon, l’atmosphère, les variations de tons, les textures, l’espace. La reproduction d’une eau-forte d’Ennemond Alexandre Petitot, Seconda macchina pour la fête de la Chinea (1749), les aidera à s’essayer au dessin d’architecture : perspective à deux points de fuite, formes géométriques, ombres, rehauts.
Il y a aussi une foule d’activités à la table des enfants, notamment : comment dessiner une marine, un paysage, un portrait ou un élément d’architecture.
Dans l’atelier, des règles, des crayons, des gommes à effacer, des estompes et du papier sont mis à la disposition des visiteurs. Les mines de crayon varient en dureté – de extrêmement dure (9H) à extrêmement grasse (9B), la mine « normale » ou moyenne étant la HB. Les mines de catégorie H donnent un trait pâle mais précis, idéal pour le détail des formes et des textures. Les mines de catégorie B permettent de créer de riches effets texturés et de varier les tons. Une fois qu’ils ont terminé leur dessin, les visiteurs ont le loisir de le signer, de lui donner un titre et de l’afficher au mur pour le montrer aux autres visiteurs.
J’espère que l’atelier sera non seulement un lieu de réflexion mais un lieu d’expression, inspiré par les cinq thèmes de l’exposition : l’enseignement académique; le paysage de Rome et ses environs; amateurs, mécènes et artistes; la redécouverte de l’Antique;
fêtes et célébrations.
Christine Nobel
Agente d’éducation
Publié dans Expositions
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Le terrain, une œuvre socialement responsable et nouvellement installée au Musée des beaux-arts du Canada
L’œuvre de Brian Jungen récemment installée dans les salles d’art contemporain, Le terrain, a été offerte au Musée des beaux-arts du Canada par l’homme d’affaires et collectionneur d’art de Vancouver Bob Rennie. La collection Rennie qu’abrite aujourd’hui l’immeuble Wing Sang, dans le quartier chinois, est l’une des plus grandes et des plus importantes collections canadiennes d’art contemporain au Canada. Outre la direction de cette collection, M. Rennie assure la présidence du comité nord-américain des acquisitions du Tate Modern et siège au Tate International Council, au conseil des gouverneurs de l’Emily Carr University of Art & Design de Vancouver et au conseil consultatif du doyen de la Faculty of Arts de l’University of British Columbia. M. Rennie a pris le temps de nous parler de cette œuvre et de l’importance de soutenir et de collectionner l’art au Canada.
Qu’est-ce que vous aimez chez Brian Jungen ?
Notre musée de Vancouver collectionne les œuvres d’environ 210 artistes, mais il s’intéresse tout particulièrement à 47 d’entre eux, dont Brian avec lequel nous travaillons depuis longtemps. Les œuvres que nous accueillons doivent être en phase avec la production de l’artiste ou avec d’autres éléments de la collection Rennie, et la démarche de Brian s’inscrit tout à fait dans le contexte identitaire de notre collection qui traite souvent de questions de race, d’injustice et de préjugés. En fait, ces thèmes ont tendance à occuper une grande place dans notre collection.
De quelle façon ces thèmes sont-ils abordés dans Le terrain ?
De façon subtile. Devant ces tables de machines à coudre, on se met à penser à leur fonction et à réfléchir à ce qui s’y est passé. Bien qu’aucune norme sociale n’ait été transgressée, il reste que la fabrication de tenues de joueurs de basketball millionnaires ou multimillionnaires est un travail très dur. Le terrain exprime la réalité ou le mythe voulant que des enfants aient dû travailler pour fabriquer des baskets d’athlètes professionnels devenus des monuments de notre culture, et ce contraste d’idées cadre tout à fait avec notre vision.
Pourquoi donner une œuvre qui semble avoir tant d’importance pour votre collection ?
Ses dimensions mêmes font que je ne pourrais sans doute pas l’installer plus d’une fois tous les 20 ans. Et quand je pense à nos responsabilités en tant que gardiens de ces œuvres, je me dis seulement qu’elle devrait peut-être être conservée dans un environnement plus sûr, où elle sera exposée. Comme le Musée des beaux-arts s’intéresse déjà de près à Brian, je crois qu’elle y a vraiment sa place. Sans compter que je suis un fan fini de Marc Mayer [directeur du MBAC] et de ce qu’il fait pour mon pays. Cet élément a aussi facilité notre décision.
Qu’est-ce que vous aimez du mode de gestion du Musée de Marc Mayer ?
Je note qu’il comprend parfaitement les pratiques de conservation et qu’il fait des acquisitions difficiles, ce qui a une importance primordiale pour un musée national. En un sens, les musées vivent de leurs similitudes et sont tous des musées, mais ils finissent tous par se faire connaître pour leurs différences. Je crois que le Musée des beaux-arts du Canada a le devoir de couvrir une époque et qu’un retour sur cette époque doit permettre de savoir ce qui s’y discuté, et c’est une chose à laquelle Marc est attentif.
Pourquoi dites-vous qu’il est important que des collectionneurs comme vous fassent des dons de ce genre ?
Avant la crise de septembre 2008, nous étions dans une économie de don et de philanthropie complètement différente ; depuis septembre 2008, impossible de rien prévoir. Il est devenu très, très difficile d’amasser des fonds pour les musées et de gérer les dons, et pour cette raison, je crois que les collections d’art vraiment prestigieuses doivent maintenant se construire aux frais des collectionneurs. Par exemple, le budget d’acquisition annuel du Musée des beaux-arts du Canada est de 8 millions de dollars, ce qui ne représente malheureusement pas grand chose dans le monde de l’art contemporain et rien dans le monde de l’art pré-contemporain. Nous avons besoin de l’aide des collectionneurs.
Peter Zimonjic
Rédacteur principal pour le Web, MBAC